MOI, LE ROC NANTAIS

31 octobre ... Une foulée, puis une autre, et une autre, parfois légère, parfois râgeuse, à la limite de l'abandon ... Mais, ne rien lâchez, jamais ... Je franchis la ligne d'arrivée ... J'ai tout donné ... Je le devais à ma moitié ... On est heureux ...

Et lui ? S'il devait parler, que dirait-il ? Je lui laisse ce soir la parole ...

 

Depuis quelques temps, je les surveille … Minuscules fourmis qui s’activent … Elles sont passées tout près,  à mes pieds pour ainsi dire, avec des scies, des sécateurs et autres instruments dont j’ignore le nom, mais qui sont faits pour changer cette nature dont je me délecte …

L’année passée déjà, et l’année d’avant, et l’année d’avant … Mais la nature a repris le dessus autant de fois qu’ils se sont acharnés … Pourquoi vouloir tracer des chemins qui n’existent pas, qui à mon sens, ne les mèneront nulle part ? Et pourquoi vouloir les monter et vouloir les descendre ? Comme un défi qu’ils se seraient lancé ? Juste pour dire qu’ils ont osé me défier … Moi, le Maître du village …

Pour motiver leurs ardeurs, ils ont neutralisé le silence pour des sons qui font fuir les oiseaux et traumatisent mes oreilles de calcaire dolomitique … Qu’est-ce que c’est ? C’est ce dont je suis fait … Et ce ne sont pas ce qui vous sert de chaussures qui vous fera douter de ma dureté … On me nomme le « Roc », le « Roc Nantais » … Ne vous méprenez pas, je suis aveyronnais, dressé d’un seul bloc sur ces terres hospitalières et templières …

De tout là-haut, je m’étonne de cette affiche « Festival des Hospitaliers » … Et je comprends maintenant … Ils vont fêter cette terre qui est mienne …

Deux jours de manifestation où chacun, chacune va s’employer à laisser son empreinte … De jour comme de nuit …

Ils m’ont dérangé, certes, mais je tire mon chapeau à ces dernières lucioles, à ces insectes devrais-je dire qui me saluent à leur façon avant que je ne retombe dans l’obscurité d’un silence étoilé, mérité … et qu’à mes pieds encore cette année, fiers et fatigués, ils puissent se reposer dans ce village de Nant sur qui je veille comme sur ma bien-aimée …